Fichtre qu’il peut faire noir ici ! D’ailleurs vous vous demander bien ce qu’est le ‘ici’ en question et comment vous y êtes arrivé. Questions auxquelles votre esprit semble obstinément ne pas vouloir répondre. Mieux vaut oublier le ‘comment’ mais il est hors de question d’abandonner l’idée de savoir où vous vous trouvez.
Dans cette quête, vos yeux sont inutiles. L’obscurité est telle que vous ne voyez pas votre main tendue devant votre visage. Il y fait froid, il n’y a aucune odeur et votre voix rebondit sur les parois proches pour mourir dans le vide vous surplombant. Vous êtes au fond de quelque chose, c’est certain mais quoi ? Un cul-de-basse-fausse ? Une oubliette ? Un trou ? Un souterrain ? Une caverne ? Vous vous approchez des parois, froides et lisses. De la pierre taillée ! Où que vous soyez, cela a été créé de mains d’homme. Continuant votre inspections des murs, vous rencontrer une excroissance oblongue. A peine l’avez vous effleurer qu’un léger crissement se fait entendre à son extrémité et qu’une flammèche vient percé l’obscurité. Icelle grandit en une flamme d’un pourpre vif, tenue par une main de pierre. Cette lueur providentielle, quoique d’une étrange teinte, vous révèle les larges marches d’un escalier qui s’élève au-delà de votre champ de vision.
Entre rester ici ou suivre cet escalier, le choix est simple et vous vous enfoncer dans les hauteurs, non sans regretter la sporadicité de la lumière. Des bras de pierre se sont ouvert le long des murs, mais ils restent rares. Au cours de votre ascension, vous vous rendez compte que le lieu devait être autrement plus lumineux à l’origine, mais cinq bras sur six sont brisés ou refuse de s’ouvrir et étonnement les seuls actifs sont alignés verticalement, ce qui ne doit pas tenir du hasard.
La montée est longue et vous avez l’impression que les minutes se sont fait heures et les heures jours, mais au moment où vous commencez à désespérer d’atteindre le haut de l’escalier que vous voyez une porte de bois dominant la dernière volée de marches. Cependant en vous approchant, vous pensez que le terme ‘porte’ est quelque peu laudatif pour cet ensemble de planches distendues et de clous tordus, comme si quelqu’un, qui la jugeaient inutile, l’avait placé là juste pour qu’une personne certaine de son utilité le laisse tranquille. Au travers des espaces, vous pouvez voir qu’elle donne sur une étude poussiéreuse.
En son centre, un être est assis à une table, calamine en main. Vision d’effroi, il est grand, maigre, drapé dans une vieille robe noire, qui cache tout de ses traits. Vous n’avez pas besoin de regarder aux alentours pour être certain qu’il doit avoir une faux à portée. Voilà comment vous êtes arrivé ici ! Vous êtes mort et vous êtes dans le domaine de la Camarde.
Vous voulez vous enfuir, mais la porte cède sous votre poids et vous vous retrouver à quatre patte au milieu de la pièce, ce qui ne semble pas troubler l’occupant, qui reste penché, sur sa feuille de papier, à la couvrir de ratures en grommelant.
Puisque votre hôte ne semble pas vouloir prendre conscience de votre présence, vous vous permettez une petite visite. Outre le bureau de la Mort, vous trouvez une table basse et des étagères croulant sous des livres dont vous n’arriver pas à déchiffrer les tranches, de nombreux papiers tout aussi illisible et des objets aussi divers et variés qu’une épée tordue, une tête momifiée d’un créature à la peau verdâtre, un main de bois dans un bocal de formol, ou un bas-relief représentant six personnages dont l’un semble être le maître de céans. Mais vous vous détourner rapidement de cela pour vous intéresser aux dessins accroché aux murs. La majorité représente les figures du bas-relief. Il y a aussi de nombreux croquis d’emblèmes et d’insignes, l’illustration de ce qui semble être un énorme loup-garou au pelage bleu poursuivi par un caniche nain, et celle d’un rosaire à douze perles et quatre croix.
Votre inspection s’achève sur une carte colorée couvrant un pan de mur. Cella semble être celle d’un monde, mais il vous est inconnu. Tout ces noms, Kralia, Lera, Australa, Prama et autre Nâgâ vous laisse quelque peu dubitatif. Si c’est un plan du monde des morts, vous vous seriez plutôt attendu à des appellations telles que Elysion, Asphodèle ou Tartare, mais après tout, ce sont des noms donnés par des mortels et ceux de la carte sont probablement les véritables noms.
Vous êtes pris d’une envie irrésistible de toucher le plan, comme si c’était lui-même qui réclamait ce contact. Vos doigts glissent le long des côtes sud de Kriophos et votre esprit est submergé par les images d’une ville de basalte couverte de neige, où des légions d’hommes en armure noires et aux chevelures de sang défilent. Lorsque vous reprenez vos sens, vous laissez échapper un murmure, ‘Nakra’. Votre périple tactile se poursuit le long de la mer de Kralia pour rejoindre le Noridon. Alors vous alliez frôler les mots ‘L’Amirauté’, vous êtes projeté dans une scène effroyable. Sur le pont d’un navire, des créatures difformes apparemment faites de goudron exterminent un équipage d’elfes et d’orques, luttant dos-à-dos pour une vaine survie. Vous voulez quitter cela, il vous suffirait de retirer votre main de la carte, mais vous êtes paralysé. Vous vous rassurez en vous disant que vous n’êtes qu’un spectateur, que vous n’êtes pas vraiment sur ce navire et qu’ils ne pourront rien vous faire, mais vous en doutez lorsque une des créatures tourne la tête vers vous et s’approche lentement, découvrant de sa masse huileuse de longue griffes osseuses et ces crocs tranchants.
Un ‘Yeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeees’ caverneux envahit l’étude et vous ramène à la réalité. Votre hôte a quitté sa table et danse sur place, le calame et la feuille au-dessus de la tête. Mais il s’arrête, remarquant enfin votre présence. Sa tête se tourne vers vous. Sa capuche, ce qui ne vous étonnes guère, ne montre rien de ses traits, si ce n’est trois flammèches, du même pourpre de celle de l’escalier, en guise d’yeux.
‘Un visiteur ? Superbe !’ lance-t-il, d’une voix enjouée quoique d’outre-tombe. ‘Cela faisait longtemps que je n’en avait eu un !’
Il vous tend une main, espérant que vous la serriez, mais vous ne pouvez réprimer l’envie de reculer.
‘Ne vous en faîtes pas, je ne suis pas la Mort,’ dit-il rassurant. ‘Je suis Maudit.’ Il fait une pause avant de reprendre ‘C’est mon nom, Maudit. Je suis le dernier Méta-dieu de Brahmanda.’
Méta-dieu ? Brahmanda ? Mais qu’est-ce que...
‘Je m’en doutais, vous n’êtes pas brahmandien ! Sinon j’aurais senti votre présence plus tôt. Brahmanda est le monde que vous voyez dessiné sur cette carte et j’en suis le dieu-créateur, enfin l’un d’eux. Nous étions six à l’origine. Les autres ont, d’une manière ou d’une autre,... disparus. Mais je doute qu’après le voyage que vous venez de faire vous soyez d’humeur à écouter les complaintes mélancoliques d’un vieux dieu. J’ignore d’où vous venez - ce qui est probablement aussi votre cas, c’est une effet secondaire de l’entrée dans cette tour. - mais après la montée, vous devez être fatigué. Que diriez-vous d’un thé et de quelques sucreries ?’
Voilà une proposition qui n’est pas de refus, même s’il ne vous laisse pas le temps de répondre avant de hurler à la fenêtre un ‘Alpha ! Omega ! Caay, jalebiyaan aur samose lao !’
Presque aussitôt, deux oiseaux s’engouffrent dans la pièce, des corbeaux, dont l’un est albinos, tenant un plateau dans leurs serres. Ils le déposent sur la table basse avant de se percher sur les épaules de leur maître. Leur yeux brûlent de la même flamme que ceux de Maudit.
Lequel vous invite à vous servir. Sur le plateau, vous trouver une théière, deux tasses et des assiettes contenant des beignets en spiral et de petits triangles de pâte fleurant bon les épices. Vous vous jetez dessus, écoutant, d’une oreille distraite, le corbeau noir croasser ‘Mais pourquoi vous passez votre temps à parler en vedii, vous bossez sur Vedaslaja, ou quoi ?’
‘Non, Omega,’ répond froidement le Méta-dieu, en sirotant son thé – vous ne vous souvenez pas l’avoir vu prendre une tasse et s’en servir un. - ‘Je travaillais sur Rinks et j’ai d’ailleurs fini.’
Il tend le bras vers le papier au centre du bureau. Il est couvert de nombreux pictogrammes raturés pour la plupart, mais l’un d’eux a été soigneusement encadré.
‘Voila le seing du dieu Rinks’ annonce fièrement Maudit.
‘Mouais, bof !’ fit Omega.
‘Que lui reproches-tu ?’ demanda le méta-dieu.
‘Pas grand chose, mais je vois mal tout un peuple se trimballer avec cette marque sur la peau.’
‘Petit Frère, tu es toujours aussi fatiguant,’ soupira, d’une voix féminine, le corbeau blanc.
‘Croa ? Je dis ce que je pense.’ croassa le corbeau noir. ‘Je ne suis pas convaincu, c’est tout. Je demande à voir peut-être qu’en pratique cela rendra bien. On ne sait jamais.’
Vous sentez que Maudit n’apprécie que modérément les critiques de son serviteur et que la situation risque de devenir rapidement explosive. Fort heureusement, l’autre corbeau, pour éviter que cela ne dégénère, demande à prendre congé.
‘Fichu volatil, il ne comprends rien,’ grommelle le méta-dieu, lorsqu’ils sont partis. ‘S’il crois que c’est facile de créer des insignes ! D’ailleurs, qu’en pensez-vous ?’
Vous n’osez répondre. Qui sait ce qu’il ferait si vous veniez à le contredire ? Il prend ce mutisme comme un accord.
Il regarde son insigne quelque instants avant de l’effleurer du bout des doigts. Icelle se matérialise en une lettre de cristal dans sa paume avant de devenir une balle de flammes violettes qu’il projette sur le croquis du rosaire. Les croix se changent alors en l’emblème de Rinks.
‘Joli rosaire’ avancez-vous.
‘Cela n’en est pas un.’ corrige-t-il. ‘C’est un tatouage destiné à orner les épaules d’un Rinki. Les deux petits seings sur les épaules-même, celui de taille moyenne, entre les seins et le grand, finement ornementé, devrait couvrir tout le dos. Cela promet d’être joli, même si, me direz-vous, ce n’est pas un cadeau très sympathique à faire.’
Vous le regardez dubitatif.
‘Oui, c’est vrai que vous ne risquez pas de me dire cela, vu que vous ignorez tout de Rinks, des Rinkis, ses adorateurs, et du fait qu’ils soient plutôt haïs par les autres Lérales, tout particulièrement les Labellis, du Labellion, avec lesquels ils formaient un même peuple avant une triste histoire religieuse. Mais ce n’est qu’un détail dans l’immensité de Brahmanda.’
‘Que voulez-vous dire par immensité ?’ osez-vous demander.
‘La carte ne représente qu’une infime partie de ce qu’est étymologiquement Brahmanda. ‘Celui qui se trouve sous Brah’ Outre ce que vous voyez, ici, il y a des vastes océans et de larges terre tout autour. Mais par commodité, on réduit ce nom aux seules terres, ici cartographiées, vu que ce sont les seuls endroits où la vie est présente. Bien sûr, tout cela était différent avant la mort de Brasala.’
Vous avouez ne pas comprendre cette histoire de Brah et Brasala, alors Maudit vous mène à la fenêtre pour vous montrer deux globes dans les cieux. Le premier irradie une vive lueur blanche et orbite autour du second, rouge et énorme. Brah et Brasala, le soleil et la lune. A une époque lointaine, les deux astres étaient identiques et gravitaient l’un autour de l’autre, mais pour une raison, que l’on ignore – ou plutôt, suspectez-vous, que Maudit refuse de révéler – , Brasala est morte – littéralement, puisque les astres, vous explique-t-il, sont des être conscients – , enflant et prenant sa teinte carmine, ce qui eu de nombreuse conséquences, la modification en profondeur la topographie et l’apparition de la nuit étant les plus notables.
‘A cette époque, ce qui est maintenant le Grand Désert était le haut lieu de la civilisation, alors que c’est devenu une terre aride, désolée, et surtout quasiment inaccessible aux Brahmandiens. Tout comme les Monts des glaces éternelles, il est séparé du reste du monde par un escarpement de plusieurs dizaines de kilomètres de dénivelé. Cela dit, pour les Monts, à l’époque bisolaire, l’escarpement était déjà présent, tout comme l’obscurité permanente y régnant. D’ailleurs, je pense que c’est parce que Brahmanda se trouve aux confins septentrionaux du rayonnement astral qu’elle assez peu touché par la mort de Brasala. Mais qui dit nord veut dire que l’on ne peut pas naviguer longtemps sur le Noridon sans être pris dans les glaces et la nuit perpétuelle.’
‘Cela veut-il dire que Brahmanda est une terre glaciaire ?’
‘Non, bien au contraire ! c’est une monde de plus tempérés. Certes avec des disparités locales. Vingt degrés sera vu comme caniculaire pour un Kralian et glaciaire pour un Nâgâle. Je pense que vous avez remarqué la révolution brahienne autour de sa soeur, mais ce qui vous n’avez pu voir, c’est le mouvement brasalien. En effet, Brasala connaît au cours de l’année, un cycle de descente et d’ascension, qui régit les six saisons.’
‘Six ?’
‘Oui, l’année s’ouvre avec Kortika. Cela ressemble à votre printemps, du moins à la seconde partie, lorsque le temps commence à redevenir chaud, que les fleurs s’ouvrent, les insectes butinent...
‘Et le rhume de foin nous transforme les yeux en pastèques.’
‘Oui aussi. Après vient Orémos, correspondant à votre été. Je pense que vous voyez ce que je veux dire, nul besoin de m’attarder sur ce temps que je ne l’aime guère. La saison suivante est Pandélion, que l’on surnomme ‘la saison parfaite’. L’air se rafraîchi, les cultures atteignent leur apogée et c’est le début des moissons. Et surtout les arbres commencent, vers la fin Pandélion, à prendre des reflets cuivrés ou dorés. Quoi de plus beau que l’aube ou le crépuscule sur une forêt d’érable à la fin Pandelion !
‘Cela me fait penser à notre été indien.’
‘Probablement. Nous avons ensuite notre automne, Aliorus, et notre saison hivernale, Clarime, puis notre saison des précipitations, Argis, clos l’année. Certains parlent de saison des pluie, mais c’est assez réducteur, parce que en certains endroit le réchauffement est tout juste assez important pour avoir de la neige.’
‘Tout cela représente combien de jours ?’
‘Cinq cent quarante ! Six saisons de neuf décades chacune.
‘Des décades ?’
‘Oui, il me semble que vous parlez de semaines dans votre organisation du temps, mais, comme notre cycle de journée est décimal et non septennal, nous parlons de décade. D’ailleurs, nous nous servons de nos saison, comme vous utiliser vos mois, pour dater. Ainsi nous parlons du 24 Pandelion, comme vous dites 14 septembre.’
‘Quand vous dites, ‘nous, vous voulez parler de tout les Brahmandiens ? Comment cela se fait-il qu’un monde aussi grand puisse avoir un calendrier unique ?’
‘C’est l’oeuvre de Brah.’
‘Brah ? Votre soleil ?’
‘Désolé, j’avais oublié de vous dire que pour les Brahmandiens, il existe deux Brah, lié au par ailleurs. Cela peut être l’astre, que vous connaissez, ou un dieu, qui s’est incarné sur Brahmanda et qui y a joué les tyrans pendant plus de dix mille ans. Lequel était une partie de l’esprit de l’astre. Sa tyrannie a été une époque noire pour le monde, qui marque encore les esprits. D’un coté, ce n’est guère étonnant, il a été chassé qu’il y a que seulement dix-huit cent douze ans de cela, ce qui fait que nombre d’êtres brahmandiens encore en vie, comme certains elfes, ont connu cette époque. C’est d’ailleurs la chute de la tyrannie brahienne qui sert de date zéro au calendrier brahmandien.’
‘Vous voulez dire que nous sommes en 1812 ?’
‘Sur Brahmanda, en effet. Mais dans cette présente tour, le temps n’a pas cours. Pas plus que l’espace d’ailleurs. Vous êtes dans le palais des Méta-Dieux. Si l’envie me prenait, vous pourriez voir au travers de cette fenêtre l’époque bisolaire et, en un clin d’oeil, vous retrouver devant Deromysen en flamme, chose qui ne devrait pas arriver avant quelques années.’
Vous l’entendez se dire à lui-même ‘des fois, je désespère de voir les Kriophos enfin en branle.’
Kriophos, ce nom vous dit quelque chose. L’image de la cité de basalte enneigée vous revient à l’esprit.
‘En effet, ce à quoi vous pensez est Nakra, la capitale de l’empire Kriophos, nation qui contrôle plus ou moins le continent Kralia. Comme vous devez vous en doutez, vu sa position sur la carte, c’est le continent le plus froid de Brahmanda, la neige y est pérenne sur près de la moitié du territoire. Ce sont des terres rudes, mais je les aime beaucoup.’
Il s’approche de la carte et pose un doigt osseux sur Kriophos qu’il fait glisser au travers de la mer de Kralia pour arriver dans une terre du nom de Tur’nekel.
‘Voici Lera, le plus grand des continents, celui qui a le plus de nations, de cultures, de races aussi, quoique majoritairement humain. C’est véritablement le coeur du monde, l’endroit qu’il faut à tout prix visiter. Je pense qu’il vous rappellerait votre Europe par de nombreux aspects. - pointant un nation du nom d’Ysen. - Ysen ! Centre de Lera, centre de Brahmanda, centre de l’empire de Brah, dont la capitale, comme je vous l’ai dit, est destiné à être réduite en cendres par les Kriophos d’ici quelques années.’
‘Sacré voyage’ soufflez-vous.
‘En effet ! Cela promet de belles batailles à venir.’
Sa main saute d’Ysen à Krog et Orkham au nord-est du contient.
‘Quand je vous disais que ce continent était pluriéthnique, vous avez ici, les terres orques. Non pas qu’ils soient absent ailleurs, mais c’est ce sont les maîtres presque incontestés de ces lieux. Et en continuant vers l’orient, vous avez Prama, qui devrait vous rappeler votre Asie extrême-orientale. Certes, il y a peu de nations, mais Xa Fei est presque un monde à lui seul.’
Changeant de main, il vous désigne Australa, à l’ouest de Lera.
‘Si le hasard voulait que vous cherchiez un synonyme à Australale, essayez elfique, puisque nos amis aux grandes oreilles exercent leur dominion exclusif en ce continent. Et croyez-moi sur parole, il n’y fait pas bon y être humain, ou autre chose d’ailleurs, étant donné que la majorité des elfes blancs considère déjà leur cousins sylvestres comme à peine sortie de l’état d’animalité. Cela dit, être humain à Nâgâ n’est pas non plus une sinécure, entre les nations esclavagistes et celles d’hommes-animaux anthropophages. Sans parler du climat étrange, qui peut passer sans raison évidente du méditerranéen à équatoriale? Cela dit, si vous aimez la chaleur, les déserts et les jungles, c’est un véritable paradis.’
Il se tourne vers vous et vous demande ‘Que pensez-vous de ce monde ? Que diriez-vous d’aller y faire un petit tour ?’
Vous ne pouvez répondre que la voix d’Omega passe par la fenêtre. ‘A un autre moment alors, parce que là, nous sombrons dans le Quatrième Royaume.’
Les serviteurs surgissent de la fenêtre, non pas sous forme aviaire, mais sous l’apparence de deux guerriers en armure, l’une blanche et l’autre noir.
‘La fin des temps ?’ hurle Maudit, faisant face à la fenêtre.
Au travers d’icelle, vous voyez un ciel de sang constellé d’éclairs. Brah a cessé de briller et est devenu, à l’instar de sa soeur, une masse rougeoyante. Les deux astres morts fusionnent en un nappe opaque de ténèbres tombant en pluie sur Brahmanda. En s’écrasant, elle forment des flaques de goudrons, dont naissent des hordes de créatures, telles que celles de votre vision du navire et d’autres plus effroyables encore. Des légions de Brahmandiens de toutes races, unis contre l’envahisseur, tentent vainement de résister, mais même les dragons de la taille d’une ville succombent après n’avoir encaissé qu’une griffure.
‘Je crains, cher Visiteur, qu’il ne vous faille repousser votre ballade.’ annonce gravement le Méta-Dieu. ‘En un autre temps et une autre lieu, vous serez toujours le bienvenu pour arpenter les terres brahmandiennes. Mais pour l’heure, il vous faut prendre congé.’
Un flash pourpre vous aveugle, mais avant cela, vous avait le temps d’entrevoir les deux serviteurs de Maudit se jeter par la fenêtre, suivi par un être décharné, muni de six longs bras. Est-ce cela la véritable apparence du créateur de Brahmanda ?
Lorsque vous recouvrez l’usage de vos yeux, vous êtes derrière le clavier d’un ordinateur. L’écran présente un blog du nom de Brahmanda, où vous lisez les présents mots.
mercredi 13 septembre 2006
[BHM] L'étude
dimanche 18 juin 2006
[GoDDamn City] Rencontre nocturne à GoDDamn City.
Le sergent Wilbur mit en joue l'homme, qui, effrayé, voulut s'enfuir. Mais le policier n'eut qu'à effleurer la détente pour que sa tête explose telle une pastèque. Les nouveaux fusils, dont Zantafio avait doté ses troupes, étaient efficaces, bien trop, à mon humble avis.
Qu'avait fait le contrevenant pour être ainsi sommairement exécuté ? Rien ! Il marchait tranquillement, mais pour son malheur, il avait croisé cet officier, qui s'ennuyait.
Je ne vais pas pleurer sur ce corps. Ce n'était pas un saint. Antoine Painrape, membre d'un gang qui confondait femme et sac de frappe et ne s'embarrassait pas de leur consentement pour coucher avec elle. Les rues s'en porteraient bien mieux sans lui, mais ce n'était pas une raison pour que la Camarde l'embrassa ainsi.
Le sergent Wilbur ne comprit probablement pas ce qui arriva par la suite. Il vida son chargeur sur la forme noire qui fondit sur lui. Si le fusil était parfait pour faire exploser le crane des quidam, il semblerait qu'il fût moins efficace contre un ange de la vengeance. Je ne m'en étais pas tiré indemne certes, mais ces quelques blessures n'étaient rien comparées aux lignes rouges dessinées par mes griffes dans la gorge de ma victime. Il n'avait pas encore expiré que mes ailes m'avait de nouveau ramener sur le toit du gratte-ciel, du haut duquel je veille sur GoDDamn City et auxiliairement où j'attends mon contact.
J'avais attaqué le policier sur un coup de tête, mais je n'avais pu me retenir et un agent de Zantafio Tartagueule de moins, c'est toujours cela de pris !
Excusez-moi, je manque à tout mes devoirs. Je ne me suis pas encore présenté. On me nomme ArChangel, justicier protecteur de la ville pour certains, ennemi public numéro un selon d'autres, juste une personne éprise de justice et de liberté, dévorée par la douleur et le besoin de vengeance, si vous voulez mon avis.
‘Vous ressemblez vraiment à une gargouille,’ fit une voix dans mon dos. Exxora, une prostituée sous la coupe de Roger HottyPants, le proxénète le plus puissant de la ville. Je l’avait senti arriver depuis quelques minutes déjà. Elle portait sa cascade de feu en un chignon qui mettait en valeur ses yeux de jade. Sa robe était simple et, chose dont je lui suis gré, elle avait fait disparaître toutes traces de stupre de son corps.
Mais elle n’avait pas tort. Sous la lueur de Diane, - Ô belle Diane, ma confidente, mon amie – on pouvait facilement me confondre avec les statues qui constellaient les façades des bâtiments. Ailes de corbeau dans le dos, mains et pieds griffus, corps pourpre couvert de veines vermeilles, tête chitineuse aveugle couronnée de cornes, je suis un monstre.
‘Vous est en retard, Miss,’ me contentais-je de répondre.
‘Mister HottyPants voulait faire une inspection de son business,’ expliqua-t-elle. ‘De manière approfondie.’
Pas la peine qu’elle en rajouta, j’avais bien compris ce qu’elle voulait dire, mais cela ne me concernait pas ou du moins, je ne pouvais rien y faire. Tout ce que je voulais pour l’heure, c’était les informations qu’elle m’avait promises. Bien que sa profession me rendait malade, je ne pouvais que reconnaître sa nécessité à l’hygiène publique, même si je trouvais les belles de nuits de plus en plus omniprésente dans les rues de GoDDamn City, et son utilité pour la lutte contre les diables du genre de Zantafio Tartagueule et de Roger HottyPants.
Les données, ce soir-là, concernaient le nouveau complexe de traitement de kryptonium installé dans les quartiers ouest de la ville. On avait beau nous vanter cette énergie comme renouvelable et propre, je m’en méfiais au plus haut point, probablement parce qu’elle était contrôlé par Zantafio, et que son âme, plus noire que celles de Lucifel et Belzebuth réunis, est incapable d’un quelconque acte altruiste. J’étais certain que le nain nous cachais quelque chose et j’étais bien décidé à découvrir quoi. Dès le lendemain, j’irai voir ce qui se passait là-bas, à moins d’y envoyer quelques uns de mes agents.
J’ignorais comment elle avait obtenues tout cela, ou plutôt je n’avais pas envie de le savoir, mais le dossier était des plus complet : Plan du complexe, codes de sécurité, fiches de personnel. Tout cela auraient donné lieu à un épais dossier, si cela avait transcrit sur papier, mais les progrès avaient réduit cela tout cela à une disquette tenant au creux de ma paume. Je me demande comme faisaient les super-héros avant la miniaturisation des supports de données. Avez-vous, personnellement, déjà vu un héros avec des poches ? Et se déplacer avec une sacoche, ce n’est pas des plus esthétiques et veuillez me croire, le style importe autant, si ce n’est plus, que les pouvoirs pour la réputation d’un super-héros.
Le disque serré dans mon poing, je n’avais plus de raison de rester. Pour notre sécurité respective, il était préférable que l’on ne s’attarda pas trop ensemble et risquer d’être vu. Pour elle, cela signifierait la découverte de son statut d’agent de la Liberté et donc une mort immédiate. Pour moi, ma réputation aurait été quelque peu altérée si on avait su que je fréquentais des courtisanes. Certes il n’y avait rien entre nous, même si je l’avais connu, en un autre temps, un autre lieu et sous un autre nom. Un coup fourré de HottyPants, qui me l’avait mise dans les pattes, ce fut la seule fois que j’ai abusé de la confiance de S. Les charmes d’Exxora étaient tels qu’il m’avait été impossible de leur résister, aveuglé, que j’étais alors, par la douleur.
Je fis une révérence pour prendre congé et me laissa tomber dans le vide. Je restais ainsi quelques secondes, dos tourné vers le sol, laissant le vent m’envelopper avant de déployer mes ailes et de prendre mon envol. Pure fanfaronnade de ma part, à mettre sur le compte de cette attirance malsaine que je pouvait ressentir pour la belle de nuit.
En quelques coups d’ailes, je m’étais fondu dans la voûte céleste et put rejoindre, sans crainte d’être aperçu, le quartier de Daemon’s heights, au nord de la ville. Havre de paix, hors du contrôle de Zantafio, de Mister HottyPants et leur alliés, dominé par le manoir Bondouffle.
Je me glissais dans le bâtiment par la porte-fenêtre de la bibliothèque du troisième étage restée ouverte. La rotonde et ses vieux livres réveillèrent de vieilles peurs et des douleurs trop vives. Mes hurlements durent résonner jusqu’aux sous-sols. Je me retrouvais à genoux à lacérer les dalles pour faire taire la souffrance, mais elle alla grandissante. Mes griffes se brisèrent sur le marbre froid. Mes ailes se tendirent à l’extrême comme si des crochets s’y étaient plantés et tentaient de me les arracher. Mon corps fut pris de spasmes. Et je perdis conscience.
Lorsque je revins à moi, je baignais dans un mare de mon propre sang, lové dans du fil barbelé. Un homme d’un cinquantaine d’année se tient au dessus de moi, un peignoir en main.
‘La nuit a-t-elle été particulièrement violent, Sir ?’ me demanda-t-il, m’aidant à me lever.
‘Non, Aurelianus,’ dis-je, enfilant le vêtement qu’il me tendait. ‘J’ai été seulement surpris par la violence de la métamorphose.’
Je récupérais la disquette couverte du sang coagulé, en espérant qu’elle fonctionnerait encore, avant de suivre mon majordome pour prendre mon petit déjeuner. En passant, mon regard croisa une vieille photo, du temps du bonheur, d’avant la prise de pouvoir de Zantafio. Lady Sabrina et nos deux fils, Nathanaël et Donatien, riaient entourant un version de moi-même plus souriante et bien moins fatiguée que maintenant.
Je ne suis pas certain qui vous aimeriez ce que je suis devenu, ce monstre dévoré par la haine et le chagrin, mais je vous jure, à vous que j’ai aimé plus que j’avais aimé quiconque, que je vous vengerai. Alors j’enterrerai ArChangel au plus profond de moi, et ne resterai plus que Lord Uriel Bondouffle.